Le portrait de la semaine - Mokhtar Belmokhtar, le renard du désert
03 Mars 2013 - 11:17
Mokhtar Belmokhtar, le renard du désert
Surnommé « le borgne », l'émir d'AQMI, dont le Tchad annonce la mort, a été longtemps décrit comme un voyou islamisé. En janvier, il avait revendiqué l'attaque contre le site gazier d'In Amenas quelques jours après l'intervention française au Mali.
Mokhtar Belmokhtar est de retour chez lui au début des années quatre-vingt dix. L'Algérie vient de basculer dans la guerre civile. À Ghardaïa, il créé la katibat Echahada, la «brigade du martyre». En 1993, il tue 13 policiers. C'est d'après les comptes rendus de ses procès par contumace, son principal fait d'armes de la guerre civile. Sa katibat est proche des GIA, les Groupes islamiques armés accusés de massacres à grande échelle à partir de 1996. Elle rejoint le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) à sa création deux ans plus tard. L'expérience acquise par Mokhtar Belmokhtar lui permet d'accéder au statut d'émir. Il est le chef de zone 9, le sud algérien. Le territoire est immense. Le djihadiste a pris l'habitude d'effectuer des séjours au Mali pour se procurer des armes et des munitions provenant des stocks de l'armée de Bamako et de se livrer à la contrebande.
«Mister Marlboro»
Son rôle dans le trafic de cigarettes, une spécialité locale, lui vaut le surnom de «Mister Marlboro». On le dit présent sur le marché des clandestins subsahariens qui traversent en camion le Sahara dans l'espoir de rejoindre l'Europe. Belmokhtar tisse peu à peu des liens avec des commerçants arabes de la région de Tombouctou. Il épouse une fille de notable, prend ses aises.
En 2003, il est mêlé avec le groupe d'El Para à la prise d'otage de 17 motards allemands et autrichiens en virée dans le sud du Sahara. Les touristes sont libérés contre le versement de cinq millions d'euros selon la télévision publique allemande.
Belmokhtar s'installe alors au Mali pour développer le business des otages. Il est mêlé à l'enlèvement de deux jeunes français à Niamey. L'affaire finit mal. Les forces spéciales interviennent contre un de ses commandos mais ne parviennent pas à sauver Antoine de Léocour et Vincent Delory
Sa katibat compte de 200 à 300 combattants. Durant les neuf mois d'occupation par les islamistes du nord du Mali, il s'est rapproché du Mujao et se montre plus souvent à Gao qu'à Tombouctou, son ancien fief dont il s'est fait éjecter par Abou Zeid, lui aussi prétendument tué.
Rupture avec AQMI
Il annonce en décembre sa rupture avec AQMI et la formation de sa nouvelle katibat baptisée «Les signataires par le sang». Il en profite pour mettre en garde la «France mécréante» contre toute intervention dans la région et qualifie les élites algériennes politiques, militaires, économiques et culturelles de «fils de France».
Cinq jours après le déclenchement de l'opération française au Mali, c'est le coup de tonnerre. Des terroristes attaquent le site algérien gazier d'In Amenas. Ils lancent en pénétrant sur le site gazier: «nous sommes d'al-Qaida et notre chef est Mokhtar Belmokthar». L'émir apparaît tête nue et en veste kaki dans une vidéo pour célébrer son 11-Septembre qui se solde par 38 otages tués. Quelle mouche a piqué Belmokthar? Que viennnent faire ses hommes si loin des combines maliennes et ses caravanes du Sahara? S'il est bien mort comme l'annonce l'armée tchadienne, le renard du désert emporte avec lui ses secrets.
lefigaro.fr
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