Libye - Gaz moutarde : « Nous manquons de tout », grogne l'expert libyen


afreeknews.com avec l'Afp   01 Novembre 2011 - 11:06


Youssef Safi ad-Din est le principal expert libyen chargé de neutraliser le gaz moutarde amassé par l'ex-"Guide" Mouammar Kadhafi. Les dangereux produits sont étroitement surveillés, mais avec des équipements obsolètes et sans argent, "nous manquons de tout", grogne-t-il.



Le site de Waddan (sud), dans l'oasis de Djoffra, était connu de longue date - l'ONU y a mené des inspections en 2004 - et contient 11,25 tonnes de gaz moutarde "neutralisé" en fûts, à la toxicité drastiquement réduite par des additifs avant même les huit mois de guerre en Libye.

Mais deux autres lieux à l'emplacement secret, soigneusement dissimulés par Mouammar Kadhafi à l'ONU, contiennent du gaz non neutralisé, dont des armes chimiques "prêtes à l'usage militaire immédiat" sur l'un d'eux, explique M. Safi ad-Din, ex-officier de l'armée libyenne, au sein de laquelle il était le plus haut gradé en charge des armes chimiques..

"Nous connaissions ces deux endroits quand Kadhafi les contrôlait encore, mais nous n'étions pas sûrs de ce qui s'y trouvait", raconte le petit homme aux cheveux et moustache gris, au regard perçant caché par des lunettes.

A Waddan comme sur les deux sites secrets, "rien n'a été volé" et "il n'y a aucune fuite" ni "aucun risque sanitaire pour la population", assure l'expert.

Le gaz moutarde provoque de graves brûlures chimiques aux yeux, sur la peau et aux poumons.

"Quand la révolution a commencé, une des toutes premières étapes a été d'observer les armes chimiques que Kadhafi contrôlait, et de l'empêcher de les utiliser. (...) La seconde étape a été de prendre le contrôle de tous les sites chimiques. Nos forces les ont conquis un à un, puis on les fouillait pour vérifier ce qui s'y trouvait", se souvient M. Safi ad-Din.

Aujourd'hui, "les produits chimiques sont contrôlés par nous, les Libyens. Trouver ces produits, les sécuriser, c'est nous qui avons fait le travail", assure-t-il.

Mais "l'équipement le plus moderne dont nous disposons date de 1980. Il nous faut beaucoup plus", implore l'expert.

Il reçoit assis sur un matelas, dans une petite pièce décrépite sans un meuble, dans l'aéroport de Waddan. "C'est le bureau libyen chargé des armes chimiques, vous voyez comme nous manquons de tout: argent, équipement moderne...", soupire M. Safi ad-Din.

"Certains pays nous prêtent un peu d'équipement, comme le Qatar, au rôle essentiel. Les Etats-Unis nous donnent un peu d'argent, des véhicules", et analysent les échantillons pour déterminer la toxicité des produits, "mais ne donnent pas d'équipements spécifiques".

"Les Américains attendent que l'argent libyen gelé à l'étranger soit débloqué, pour que ce soit la Libye qui paye", croit-il savoir.

Pourtant, "on a besoin de cette aide car Kadhafi ne nous a rien laissé pour neutraliser le gaz", déplore-t-il.

L'expert a été très déçu par la France: "nous leur avons demandé de l'équipement, mais nous n'avons jamais eu de réponse".

"Entrer dans ces bunkers chimiques sans équipement, c'était presque du suicide. On l'a fait quand même, sans rien. Imaginez lorsqu'il faudra déplacer le gaz... Tout ça a été fait par des volontaires. Dans une +vraie+ guerre, ça aurait coûté des millions", estime-t-il.

Au final, "ça a été un grand succès puisque Kadhafi n'a jamais pu utiliser ces armes. Nous avons sécurisé tous les sites chimiques en Libye. Nous avons réussi parce qu'au début, nous avons gardé tout cela secret, mais nous avons encore besoin de soutien pour tout ça", juge M. Safi ad-Din.

Qui conclut: "Je suis sûr qu'il n'y a plus d'autres sites dangereux, mais on va vérifier. Rue après rue, usine après usine. Je vous promets qu'on se débarrassera de ça, les Libyens n'en veulent pas".

 

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